Hommes / Femmes mo(od)e d’emploi

 Men / Women job mo(od)e
English version coming soon.

 

Bonjour, j’espère que vous avez passé un bon weekend.

La journée de la femme est passée, mais j’ai envie de vous parler un peu de mon expérience en tant que femme dans un métier majoritairement masculin.

La première chose que l’on entend lorsque l’on dit qu’on fait un métier dit « masculin » c’est
« – Ah mais c’est pas commun ça pour une femme !» ou la variante «  Ah c’est original pour une femme !» ensuite vient la question récurrente :
« Ahh mais c’est pas trop dur pour une femme comme travail ? » Si bien sûr, mais pas plus que pour un homme.

Vous le savez maintenant, il y a encore peu de temps j’étais peintre en bâtiment. Ce n’est pas tant l’effort physique le plus difficile. C’est notre métier, on s’y fait.
Ce qui devient complexe c’est le rapport aux autres, en particulier celui aux hommes.

J’ai d’abord fait un BEP en lycée professionnel puis j’ai préparé un BP en alternance qui fût ma première vraie expérience professionnelle. J’ai eu de la chance durant ces deux années, même si ce n’était pas tous les jours faciles. Mes collègues n’ont jamais été désagréables parce que j’étais une femme.

Nous avons tous une éducation différente et c’est ce point qui modifie les comportements selon notre lieu de travail.

Être une femme et travailler parmi les hommes c’est supporter des regards parfois pervers ou insistants, essayer d’oublier les blagues lourdes ou salaces, les paroles gênantes, les gestes déplacés, des collègues collants ou trop insistants.

Mais les blagues lourdes c’est presque cool quand d’autres vous testent. Ceux qui vous poussent à bout pour que vous vous décidiez à partir de vous-même. Là, votre mission (si vous l’acceptez) sera d’effectuer les tâches les plus ingrates, les plus fatigantes, les plus salissantes, les plus éloignées de votre job.
On vous humilie devant vos collègues ou les autres corps de métiers (en tout cas on essai)
Bah oui, sinon c’est pas drôle.

Se faire tester par les anciens, c’est plus sympa, vous savez, le genre d’homme qui a travaillé toute sa vie dans cette branche, il connait son métier comme sa poche (voir mieux !) « La vieille école quoi »
Pour lui, voir une femme prendre le relais, c’est étrange et souvent difficile à accepter. Alors, il vous teste un peu, vous dit des choses dures pour voir si vous encaissez et veut vous faire comprendre que vous n’êtes pas tellement à la hauteur. Oui comparons 48 ans de métier contre quelques mois ou années d’expériences ? Qui ne le comprendrait pas…

Bilan, j’ai eu beaucoup de chance quand je fais l’inventaire des entreprises pour lesquelles j’ai travaillé.
Mais j’ai quand même eu l’immense « chance » de vivre des expériences plus difficiles, où je me suis sentie rabaissée, humiliée, oppressée, écrasée, PROFONDÉMENT SEULE.

J’ai eu peur que l’on me laisse enfermer sur le toit d’un lycée, qu’on me laisse sur un chantier dans une autre ville.
La peur me rongeait l’estomac.
Le soir en rentrant je retenais mes larmes, le matin c’était pire.
Pendant la journée j’essayais d’avoir un nombres incalculable de choses à faire seule, pour éviter un maximum de croiser mes collègues.
Je devenais exécrable avec mes proches. L’état de déprime et de crainte dans lequel j’étais m’a poussé à détester un pays entier, à cause de comportements qui m’ont oppressés, humiliés.
Pendant près d’un an (même plus) je ne voulais plus entendre parler de ce pays, ni de ces habitants, ni de leur nourriture. Rien, nada, walou, nothing. C’était insupportable. Juste parce que mes collègues étaient Turc et ultra communautariste.
Bon, rassurez-vous ça m’est passé depuis. :)

Il y a aussi ceux te rabaisse avec plaisir, te font comprendre que tu n’as rien à faire là, que tu es grosse (accessoirement) et moche, que tu travailles trop lentement et puis surtout mal. On se passerait bien de toi quoi.« Tombes de l’échelle si tu peux. »

La réalité c’est que les femmes parmi les hommes au boulot ça peut être compliqué et douloureux.
Il faut arriver à s’imposer sans prendre trop de place car ça aussi ça peut déranger.

Heureusement, il y a aussi des hommes bienveillants. Ceux qui s’assurent que tout va bien. Ils te proposent un coup de main pour porter du matériel très lourd. Ce sont ceux qui te protègent un peu comme ils le feraient avec leurs enfants ou leurs petites sœurs. Ils sont attentifs à tes faits et gestes et te répètent «  fais attention à toi sur l’escabeau, il est bancal ! » (À ceux là, je dis merci)

J’ai aimé mon métier de peintre et je l’aime toujours d‘ailleurs, pour la diversité des tâches, des chantiers. J’aime les métiers manuels et dans celui-ci j’ai appris à être minutieuse, si bien que j’ai parfois (pour ne pas dire souvent) du mal à être satisfaite de moi lorsque je dois me montrer plus spontanée dans mes gestes ! :D
Concernant ce point, être une femme est souvent un atout, notre précision pour les détails est très appréciée.

J’aime arriver dans un lieu, changer son apparence pour lui redonner vie et ça pour le plus grand plaisir des clients.
Repeindre une pièce ou même la façade d’une maison c’est souvent une manière de se réapproprier l’espace, de se libérer l’esprit, un besoin de changement, l’envie de tourner une page.
J’ai souvent adoré l’échange avec les clients, voir leur désir de modifier l’ambiance de leur intimité et leur satisfaction une fois le travail terminé. J’ai eu pleins de fois le sentiment de rendre la vie à des clients, je sais, le terme est très fort, mais c’est la sensation que l’on a parfois face à leur enthousiasme.
J’ai parfois apprécié les moments passés avec des collègues peintres ou autres sur des chantiers, les ambiances bon enfants, sans tomber dans la vulgarité.

Donc voilà je continue d’aimer ce métier, mais j’ai souvent été déçue par les comportements nuisibles qu’il y avait autour.
Ça fait partie d’une des raisons qui me pousse à changer de voie. Les blagues lourdes, grasses, les regards pervers, les comportements bestiaux.

J’aurais aimé vous faire partager uniquement du positif de mon expérience en tant que femme dans un domaine majoritairement masculin. Malheureusement les expériences négatives m’ont tellement marquées, blessées, qu’elles ont balayé le reste. Je sais que toutes les expériences sont différentes alors peut-être (et je l’espère) que l’une d’entre vous aura d’autres choses à nous en raconter.

J’espère aussi ne pas décourager certaines d’entre vous qui souhaitent peut-être faire un métier considéré comme masculin. Si c’est-ce que vous désirez, testez différentes entreprises si c’est possible (selon le métier), sachez vous imposer et montrer que vous êtes à la hauteur du job.

Pour l’anecdote, même si ce n’est pas le même domaine professionnel, le Ghubar magazine a publié pour la journée de la femme 14 superbes portraits de femmes qui parlent de leurs expériences professionnelles, leurs moteurs.
Certaine d’entre elle nous expliquent que le rapport hommes femme au travail peut être délicat et Vanoue nous en a donné un exemple bien concret.
Bonne lecture !

Je vous embrasse, on vous embrasse et puisque c’est aussi un blog de mode, cliquez ici pour voir un peu de nouveauté.
Bonne journée et très bonne semaine.

Jordane

 

5 réflexions sur “Hommes / Femmes mo(od)e d’emploi

  1. maeva 25 mars 2014 / 08:27

    Bonjour Jordane,

    Cet article m’a énormément touché, tout d’abord car je sais de quoi tu parles mais principalement parce que je me rappel de la détresse émotionnelle dans laquelle tu étais à la fameuse époque…

    Pour ma part je porte un autre regard sur notre (ex) métier. Je dirai tout d’abords qu’il est assez dur physiquement, j’en porte d’ailleurs aujourd hui des séquelles physiques qui me pourrissent la vie!!! Je me rappel également des regards insistants quand jeunes apprentie je me baissais naïvement pour peindre une plinthe ou dans la même période ,de reflections quant à la taille de les seins….! Et un jour un ancien m’a dis que ce n’était pas normal, que j’avais un mot à dire….

    Aujourd’hui je le remercie (ou pas…) car il m’a aidé à forger mon caractère, travailler avec des hommes signifie pour moi se forger une carapace en béton armé! Hors de question de laisser passer la moindre faiblesse, chose assez paradoxale pour un métier ou la beauté née de la sensibilité.

    Voilà mon petit mot! Bisous jo’rdane

    • Jordane 4 avril 2014 / 14:22

      Coucou Maéva, merci pour ton petit mot :)

      C’est clair que physiquement on en porte tous des séquelles, en écrivant ce texte j’en ai presque oublié les miennes.
      Je trouve ça super que tu aies aujourd’hui cette vision du métier de peintre et qu’il t’ait apporté cette force de caractère. (J’en ai surement un peu hérité aussi inconsciemment !)
      C’est positif et c’est super agréable.

      Bisous !

  2. Babeth 29 mars 2014 / 16:09

    Bonjour les filles,

    Merci pour ton témoignage, cet article m’a beaucoup touché. Ma nièce a aussi été peintre en bâtiment et pendant son apprentissage (elle avait 19ans à l’époque) elle s’est fait harceler par un collègue avec qui elle travaillait quotidiennement sur un chantier.
    Il était totalement obsédé par elle, dans la journée il était sans cesse derrière elle, posait beaucoup de questions de manière très intrusive, simulait des actes sexuels devant elle, lui donnait des tapes sur les fesses et le soir il la harcelait de sms et d’appels privés où on l’entendait juste respirer.
    Cela a duré 1 mois et 1/2, cette période a été très difficile à vivre pour ma nièce. Elle a mis du temps avant d’arriver à en parler, elle avait peur et honte à la fois. Elle a fini par déposer une main courante contre lui, après en avoir parlé à son patron qui a immédiatement licencié cet homme.
    Elle est restée longtemps bouleversée même si elle s’estime chanceuse par rapport à d’autres femmes qui subissent ce genre de harcèlement pendant des années.

    Sinon, merci beaucoup pour ce blog que je suis depuis une dizaine de mois, je ne prends malheureusement pas le temps d’écrire de commentaires et pourtant je ne loupe aucun de vos posts. Je suis en totale admiration devant la créativité de N’sqol/Nafissath en tant que styliste et photographe. Je n’ose pas imaginer ton style au quotidien vu ceux que tu nous proposes via Jordane.
    Merci pour vos textes réfléchis, j’ai beaucoup aimé celui écrit par Nafissath lors de la French Curves de février. Je me suis sentie concernée mais n’ai pas osé écrire.

    Merci à vous et promis, je vais tâcher de me faire moins discrète.

    Je vous embrasse les filles

    Babeth

    • Jordane 4 avril 2014 / 14:30

      Bonjour Babeth,

      Merci pour ton commentaire et pour tes compliments.

      Ce qui est arrivé à ta nièce est très dur, surtout à cet âge. Une copine à moi avait vécu une expérience similaire lors de son apprentissage et elle l’avait très mal vécu aussi. Heureusement, depuis elle a passé beaucoup de bons moments au sein de différentes entreprises et aux dernières nouvelles elle se sentait très épanouie dans ce métier.

      J’espère que ta nièce n’a pas arrêté la peinture à cause de cette expérience ?

      On t’embrasse et à très vite.

Un petit mot ? ~ A small word ? - Sorry in advance, sometimes the comments don't pass.

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